
Introduits par la loi de programme de 2005 fixant les orientations sur la politique énergétique, les certificats d’économies d’énergie (CEE) soumettent les fournisseurs d’énergie (gaz, électricité…) à une obligation d’économie. Une première expérimentation sur 3 ans (2006 –2009) vient de s’achever. L’occasion d’effectuer un premier bilan avec Luc Bodineau, coordinateur de ce dispositif à l’ADEME.
« Un des objectifs de ce dispositif est de modifier le modèle commercial des fournisseurs d’énergie, en vendant moins mais en vendant mieux » indique Luc Bodineau. Dès 2006, les fournisseurs d’énergie (appelés également « les obligés ») avaient 3 ans pour respecter l’obligation de résultat à laquelle ils sont soumis : une économie de 54 TWh cumac *. En cas de non respect de cette obligation et au bout de 3 ans, une pénalité de 2 c€/kWh leur est appliquée.
Pour atteindre ces objectifs, chaque fournisseur dispose de deux moyens :
« Le fait d’effectuer d’abord des travaux et d’obtenir ensuite des CEE peut constituer un inconvénient pour les collectivités », précise Luc Bodineau. « La revente des CEE s’effectue longtemps après les travaux et aucune garantie n’est apportée sur la possibilité de les vendre, ni sur le montant obtenu ».
Un catalogue officiel de 180 actions ou opérations standardisées permet de connaître les types de travaux éligibles à l’obtention de CEE.
Le marché d’échanges des CEE
Les CEE font l’objet de transactions sur un marché de gré à gré. Tous les certificats délivrés par la DREAL sont inscrits sur un registre électronique (www.emmy.fr) et peuvent ensuite être achetés ou vendus (la valeur actuelle d’un certificat est d’environ 0,30 à 0,35 centimes par kWh cumac). À noter que tout dossier de demande de CEE doit dépasser un volume minimum de 1 GWh cumac pour être recevable. Ainsi les fournisseurs d’énergie peuvent acheter directement des CEE vendus par les collectivités.

Priorité aux particuliers
Les résultats sur cette première période démontrent l’efficacité de ce dispositif : l’objectif initial de réduction de consommation d’énergie finale de 54 TWh cumac a été dépassé de 20 %. La plupart des obligés ont rempli leur obligation.
Pour y parvenir, les fournisseurs d’énergie ont choisi de s’adresser en priorité aux particuliers plutôt qu’aux entreprises ou collectivités. « Pour les fournisseurs d’énergie, les particuliers restent aujourd’hui la cible la plus naturelle, mais aussi la plus rentable. Certaines mesures incitatives proposées aux particuliers comme les crédits d’impôts sont venus renforcer ce processus. Enfin, aucune négociation n’est nécessaire pour travailler avec les particuliers ». L’objectif de changer les pratiques commerciales des fournisseurs d’énergie a aussi été atteint. « Les obligés ont ainsi vendu moins d’énergie mais davantage de nouvelles prestations ou services ».
Les collectivités n’ont donc pas été fortement sollicitées, même si une centaine de structures ont réalisé différents travaux en utilisant ce dispositif et ont rencontré quelques difficultés à négocier avec les fournisseurs d’énergie.
Un catalogue d’actions structurant
« Ce qui ressort également de cette première période est l’intérêt porté aux fiches du catalogue d’actions. Ce catalogue est très structurant et constitue un bon outil pour une collectivité qui souhaite mettre en œuvre une politique d’économie d’énergie au sein de ses bâtiments, par exemple. Il peut constituer une aide à la réalisation de cahiers des charges ».
Par Samantha Robino – chargée de mission Energie, direction des Bâtiments au Conseil général du Loiret
Cette seconde période est liée aux objectifs du Grenelle 2, projet de loi adopté en octobre dernier mais pour lequel aucun décret n’est encore paru. En 2010, l’obligation réglementaire élargirait le périmètre des obligés, en faisant rentrer les distributeurs de carburant dans le processus. Le secteur du transport (marchandises, voyageurs) viendrait donc s’ajouter à celui du bâtiment, avec de nombreuses possibilités d’économies d’énergie à la clé. « Différents partenariats pourraient voir le jour avec les collectivités : aides aux formations sur l’éco-conduite, bridage des camions, suivi des consommations de carburants… ». Cinq nouvelles fiches sur le transport ont déjà été ajoutées au catalogue d’actions.
Autre évolution prévue : la révision de l’éligibilité des acteurs. Seules les collectivités resteraient éligibles.
Pour Luc Bodineau, le dispositif actuel mériterait aussi d’être amélioré en proposant une approche plus globale. « Le catalogue des actions propose uniquement des actions unitaires, mais il devrait donner la possibilité de travailler par exemple à la rénovation globale d’un bâtiment, point important fixé par le Grenelle ». D’autres évolutions devraient également être envisagées comme la prise en compte des ménages en précarité énergétique, pour qu’ils puissent également bénéficier de ce dispositif.
* Les obligations et les actions d’économies d’énergie sont comptabilisées en kWh cumac d’énergie finale, « cumac » étant la contraction de « cumulé et actualisé ». Un bien, un équipement ou une mesure, est caractérisé par l’économie d’énergie qu’il génère sur la durée de l’action : les économies d’énergie sont cumulées. Une actualisation est aussi appliquée : elle est financière car le CEE a une valeur économique) et technique (amélioration de la référence dans le temps, donc dépréciation progressive du gain).
Luc Bodineau
Chef de projet coordinateur du dispositif Certificats d’Economies d’Energie
Courriel : luc.bodineau@ademe.fr
Luc Bodineau, chef de projet et coordinateur du dispositif CEE à l’ADEME.
Le dispositif des CEE (janvier 2010)
Courbe d’évolution des CEE délivrés en septembre 2009.
Déposer une demande de CEE
Quelques collectivités qui ont utilisé le dispositif des CEE
La région Centre, les conseils régionaux de Bourgogne, de Picardie.
Les villes de Tours, Rennes, Mulhouse, Clermont-Ferrand, Blois, Reims, Béziers, Niort.
Les fiches Transport (exemples)
La Lettre Eco-acteurs Ensemble est éditée par l'ADEME, Service Animation Territoriale, Direction exécutive Action Territoriale
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Directeur de publication : Eric PRUD'HOMME, Chef du Service Animation Territoriale
Rédacteur en chef : Raphaël Guastavi, chargé de mission Eco-responsabilité des administrations et collectivités
Rédaction & réalisation : Empreinte digitale / V-Technologies