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Gestion et économies d'eau : expériences d'éco-acteurs

Ghislaine Ponce (Centre Spatial de Toulouse), Franck Mundubeltz et Francis Sevestre (École Nationale des Techniciens de l’Équipement – ENTE), ainsi que Yann Germany (ville de Fort-de-France), témoignent sur les démarches mises en place dans leurs structures concernant la gestion de l’eau. À travers leurs expériences se retrouvent les étapes méthodologiques essentielles d’une démarche environnementale, ici pour la maîtrise de la consommation d’eau.

La gestion de l’eau : composante prioritaire d’une démarche environnementale

Les contextes dans lesquels des démarches de gestion de l’eau sont entreprises sont variés, comme le présentent les éco-acteurs que nous avons interrogés.

Le Centre Spatial de Toulouse
Ghislaine Ponce a été responsable Environnement de février 2012 à avril 2015 au Centre Spatial de Toulouse (CST), l’un des établissements du Centre National d’Études Spatiales (CNES). Le CST est implanté sur un site assez vaste de type campus, avec une cinquantaine de bâtiments surtout de type tertiaire, parfois avec laboratoires ou salles informatiques. Environ 2400 personnes y travaillent.

La démarche environnementale du CST repose sur une certification ISO 14001, dans le cadre de laquelle, lors d’une analyse environnementale, l’eau a été identifiée comme l’une des priorités. Parallèlement, existe une politique de rénovation-construction des bâtiments. Le bâtiment Dementhon, premier édifice construit au CST en 1968 devenait très vétuste et a donc été le premier à être rénové. Représentatif de tous les bâtiments en termes de consommation d’eau (répartie à 50 % en fonctionnement – besoins des utilisateurs – et 50 % en production d’eau chaude et climatisation), il a subi d’importants travaux menés selon une démarche HQE (Haute Qualité Environnementale) et a été remis en service en 2012. Après rénovation, sa consommation est passée de 567 m3 à 113 m3, soit une réduction de facteur 7 si l’on tient compte de l’augmentation de la surface du bâtiment (soit 0,045 m3 d’eau / m2 de bâtiment en 2014 (consommation similiaire en 2014), là où la consommation était de 0,30 m3/m2 auparavant). La construction d’un nouveau bâtiment, plus grand que Dementhon et devant être mis en service en 2016, est en cours. “On vise cette fois une certification HQE. L’eau fait partie des thèmes pour lesquels nous avons fixé un objectif “très performant” (gain de 40 % par rapport à la consommation de référence de la certification), cible qui devrait être accessible”, s’enthousiasme Ghislaine Ponce. La rénovation d’autres bâtiments est programmée dans le cadre de cette politique.

L’École Nationale des Techniciens de l’Équipement, établissement de Valenciennes
Dans un contexte de gestion responsable du bâtiment, la réduction des consommations de tous les fluides et énergies (électrique, gaz et eau) a mené à établir un plan d’actions éco-responsables, devenu triennal depuis 2008 et s’inscrivant lui aussi dans le cadre d’une certification ISO 14001. Le troisième plan, en cours, comporte entre autres un programme “fluides et eau” : sont notamment concernés, dans une logique d’entretien et de renouvellement, des investissements en équipement performant et économe et la mise en place de procédures de maintenance de ce matériel. Franck Mundubeltz, Secrétaire Général et Francis Sevestre, responsable du pôle Logistique et Sécurité, mènent ensemble ces démarches et nous en livreront le déroulement et les résultats.

La ville de Fort-de-France
Enfin, nous avons recueilli le témoignage de Yann Germany, en charge du développement durable à la ville de Fort-de-France. Lors de la phase “Diagnostic” de son Plan Climat en 2012, la ville de Fort-de-France a fait réaliser un Bilan Carbone, dont les résultats ont mis au jour, entre autres, la problématique de l’eau et l’objectif de préservation de cette ressource naturelle. Pour réduire la consommation énergétique liée à l’assainissement de l’eau, il est nécessaire d'optimiser l’utilisation de celle-ci.

Les démarches concernant l’eau ont été formalisées sous la forme de 3 fiches dans le plan d’actions du PCET :
1. mettre en place des équipements hydroéconomes ;
2. installer des systèmes de récupération d'eau pluviale ;
3. sensibiliser / former les agents aux éco-gestes (énergie, eau, déchets).

Les investissements en équipement ont commencé par les bâtiments scolaires où la consommation était très importante au départ. Des moyens financiers sont actuellement rassemblés pour la poursuite des actions dans les autres bâtiments municipaux.

Une méthodologie classique et efficace

Dans son guide pratique pour l’optimisation de la consommation en eau dans les collectivités territoriales, le SAGE (Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux) “Nappes profondes de Gironde” récapitule les étapes d’une bonne méthodologie pour la mise en place d’actions structurelles et opérationnelles, généralisable à tout type de structure :

  1. Comprendre les enjeux et définir les objectifs
  2. S’organiser avant d’engager la démarche
  3. Connaître le patrimoine de la collectivité territoriale
  4. Collecter les données
  5. Analyser les données
  6. Diagnostiquer l’état des lieux réalisé
  7. Définir et planifier une stratégie d’objectifs
  8. Suivre et évaluer les politiques mises en place.

Ce type de démarche, qui rentre dans une logique d’amélioration continue, correspond à l’approche de nos éco-acteurs, de par l’inscription de leurs actions dans des certifications ISO 14001.

Des compteurs pour suivre et alerter

À l’ENTE, chaque bâtiment (enseignement, laboratoires, hébergement / restauration…) comporte son propre compteur d’eau, d’électricité et de gaz, ce qui permet de suivre les consommations en temps réel : “A priori, il n’y a pas d’activité sur notre site qui soit particulièrement gourmande en eau puisque que nous avons un fonctionnement de type tertiaire. Mais le bâtiment le plus sensible pour nous est celui de l'hébergement des stagiaires qui comporte 54 chambres, chacune équipée de WC et douche : une simple fuite peut rapidement engendrer de grandes pertes d’eau”, détaille Franck Mundubeltz. Il poursuit : “Notre GTC (Gestion Technique Centralisée) a été mise en place en 2011-2012, avec un système d’alarme de surconsommation d’eau : on a défini les consommations standard des périodes d’activité et périodes creuses (par exemple consommation jusqu'à 21h pour les bâtiments administratifs et de restauration). Si une consommation, ou du moins un excès est détecté(e) lors des périodes creuses, cela déclenche un appel téléphonique au PC Sécurité. Cette alerte permet d’identifier le bâtiment, voire l’étage où a lieu la fuite. On peut alors couper l’alimentation d’eau de tout un bâtiment si nécessaire, le temps de s’organiser pour rechercher la fuite.”

Au Centre Spatial de Toulouse, au-delà des rénovations lourdes nécessitant un fort investissement, des compteurs d’énergie et eau ont été installés dans des bâtiments anciens. On dispose ainsi de leur consommation détaillée via un centre de suivi, qui fonctionne également avec des alertes. Dans les bâtiments les plus équipés, le suivi des consommations se fait par type d’utilisation (chauffage, eau chaude, etc.) et par zone (bureaux, laboratoires…).

Fort-de-France compte aussi, parmi ses actions programmées, l’analyse des pratiques des agents et la définition d’une procédure de suivi, pour lesquelles un tableau de bord est sur le point d’être mis en place.

Acheter des équipements favorisant la réduction des consommations…

Les structures cherchant à mieux gérer leurs consommation d’eau commencent généralement par identifier les équipements dont la forte consommation pourrait facilement être modulée : classiquement, les premiers investissements portent sur des mitigeurs avec bouton poussoir, (dont les minuteurs peuvent être réglés finement), des mousseurs sur les robinets (qui limitent la quantité d’eau délivrée) ou encore des chasses d’eau 3l / 6l. Concernant les autres équipements, on étudie quels produits sont disponibles sur le marché, au moment de faire un choix : “Nous avons un agent spécialisé dans la plomberie et le chauffage qui regarde ce qui se fait et est à l’écoute des propositions des fournisseurs. On étudie aussi les notices techniques qui permettent de se projeter sur les consommations potentielles et voir ce qui peut répondre au mieux à nos besoins”, explique Francis Sevestre, de l’ENTE Valenciennes. C’est ainsi que, dans le bâtiment restauration, le matériel pour la plonge, qui devenait vétuste et fuyait régulièrement, a été renouvelé. La nouvelle machine consomme beaucoup moins et est équipée d’un système d’alerte en cas de fuite.

...et en assurer la maintenance

À Valenciennes, des actions de maintenance préventive ont été mises en place pour l’ensemble des mécanismes de chasse d’eau. “Dans le Valenciennois, on a une eau très dure, et les dépôts de calcaire ont tendance à bloquer les mécanismes. On a un système de détartrage des mécanismes de chasse d’eau, qu’on fait une fois par an.” La campagne d’entretien est organisée grâce au stock complémentaire d’une vingtaine de mécanismes, en plus des 60 qui sont en place dans le bâtiment. ”Sur une semaine complète, on en démonte une vingtaine, qu’on remplace par ceux qui sont disponibles et qu’on détartre, puis on en remplace 20 autres, etc. Si on n’entretient pas les mécanismes de chasses d’eau, les fuites risquent rapidement d’atteindre plusieurs mètres cubes d’eau perdue.”

Par ailleurs, l’eau destinée à la production d’eau chaude et les circuits de chauffage est adoucie. “Vue la consommation d’eau froide, les adoucisseurs seraient trop coûteux et il vaut mieux éviter de consommer de l’eau adoucie (c’est le même circuit qui alimente les chasses d’eau et les lavabos).”

La récupération de l’eau de pluie

Lors de la rénovation du bâtiment Dementhon au CST, une bâche à eau a été installée pour stocker l’eau de pluie recueillie à partir des toits et gouttières, et alimenter les chasses d’eau des sanitaires du bâtiment. Cela représente la principale source d’économie en eau. “Pour aboutir à cette solution, une étude a été menée avec le bureau d’études qui gérait la rénovation du bâtiment, impliquant les équipes environnement dans le cadre de la démarche HQE. Comme le bâtiment dispose d’un sous-sol assez spacieux, la solution de la bâche à eau était assez pertinente, tant par son coût que par le fort gain qu’on en attendait.” Cette installation a nécessité la mise en place d’interfaces (pompes) pour remonter l’eau dans les étages. Mais en termes de maintenance, c’est un équipement qui n’est pas trop exigeant. Le choix du volume de la bâche à eau s’est fait en fonction des estimations météo, et l’étude de faisabilité comportait une vérification des réglementations en vigueur. La ville de Fort de France compte, parmi ses actions programmées, l’installation de tels systèmes, décrite dans la fiche “Installer des systèmes de récupération d'eau pluviale” de son plan d’actions PCET.

Bien penser ses espaces verts

À Toulouse où le site fait une quarantaine d’hectares, la pelouse et les arbustes ne sont plus arrosés depuis bien longtemps (une dizaine d’années)… Une attention est portée aussi sur le choix des végétaux : “On ne se posait pas forcément de questions lors de l’installation sur le site, mais aujourd’hui, quand on renouvelle les espèces, on les choisit de façon cohérente avec les contraintes climatiques locales. Par exemple, on a récemment arraché des haies, replantées plus loin pour des raisons de sécurité. Ce critère a été suivi pour le choix des nouveaux plants.”

Impliquer ses prestataires

À Valenciennes, la société de nettoyage des locaux doit remonter toute anomalie constatée. “D'ailleurs, dans le bâtiment hébergement, le protocole mis en place pour nettoyer une chambre favorise l’identification de problèmes : la salle d’eau est nettoyée en premier, si bien que la personne est toujours présente à proximité et peut aller vérifier que la chasse d’eau a fonctionné normalement une fois les toilettes nettoyées et que rien ne fuit avant de quitter la chambre.” Par ailleurs, l’entretien des espaces verts et des cours est l’occasion de recourir aux services d’entreprises adaptées ou à des établissements et services d'aide par le travail dans le cadre de marchés suivant l’article 15 du Code des marchés publics. C’est le cas à l’ENTE Valenciennes par exemple, où le choix du prestataire réunit critères sociaux et environnementaux : “Nous avons peu d’espaces verts mais surtout des espaces minéraux. Pour le nettoyage des dalles, l’équipe vient avec une cuve d’eau de pluie alimentant un nettoyeur à haute pression.”

Et comme toujours, la communication comme élément clé

Les démarches des éco-acteurs intègrent systématiquement un volet communication à leur plan de gestion de l’eau : qu’il s’agisse de rappels, brèves et articles réguliers dans le journal interne comme à l’ENTE Valenciennes, ou d’informations synthétisées dans un livret utilisateur distribué lors de la mise en service de nouveaux équipements comme à Toulouse.

À Fort-de-France, la sensibilisation fait même l’objet d’une fiche action du PCET à part entière. Ainsi, une campagne de sensibilisation du personnel et la diffusion de consignes en faveur des bonnes pratiques vis-à-vis des consommations générale (charte d’éco-responsabilité des agents de la ville de Fort-de-France) est prévue par la mission Développement Durable.

Au-delà du point de vue environnemental, la mise en place de démarches visant à réduire les consommations d’eau ne peut s’envisager sans une réflexion sur l’enjeu économique qu’elles représentent. Une comparaison doit être opérée entre les gains attendus (basés sur une évaluation fiable des consommations de départ) et les investissements nécessaires (en se projetant sur plusieurs scénarios possibles), sans oublier la complexité technique que cela engendre (mise en œuvre, durabilité des équipements). Par ailleurs, tout en misant sur des changements de comportements, il faut savoir prendre en compte les réels gains (environnementaux et financiers) que cela pourra apporter.

Centre Spatial de Toulouse
Frédéric Lemagner
Responsable environnement
frederic.lemagner@cnes.fr

 

Géraldine Richard-Hamelin
Chef du service QSE
geraldine.richard-hamelin@cnes.fr

 

École Nationale des Techniciens de l’Équipement – ENTE
Franck Mundubeltz
Secrétaire Général
franck.mundubeltz@developpement-durable.gouv.fr

 

Francis Sevestre
Responsable du pôle Logistique et Sécurité
francis.sevestre@developpement-durable.gouv.fr

 

Ville de Fort-de-France
Yann Germany
En charge du Développement Durable
yann.germany@fortdefrance.fr

en charge du Développement Durable
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Ghislaine Ponce,
Responsable Environnement du Centre Spatial de Toulouse entre 2012 et 2015

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Évolution des consommations d’eau à l’ENTE Valenciennes

3332 m3 en 2010 1650 m3 en 2014, soit une baisse de moitié grâce aux actions mises en place. Pour les bâtiments administratifs et d’enseignement : 7,2 m3 par agent en 2011, 4 m3 par agent en 2014 (chiffres Bilan Carbone). Au niveau du site et en tenant compte de la problématique de l’hébergement et de la cantine, l’objectif est de maintenir la consommation d’eau sous les 12 m3 par agent.

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Franck Mundubeltz, secrétaire général (à gauche), et Francis Sevestre, responsable du pôle Logistique et Sécurité (à droite), ENTE Valenciennes

À consulter

Le SAGE nappes profondes de Gironde est à l’initiative de nombreux outils de communication- sensibilisation et de gestion de démarches en faveur des économies et d’une maîtrise de la consommation.

À consulter : le site www.jeconomiseleau.org et sa rubrique “Guides méthodologiques” du site, où sont notamment proposés :

Autres informations et ressources sur le site du Réseau Partenarial des Données sur l’Eau (RPDE) de Poitou-Charentes.

À consulter

Questions préalables et exemples d’actions sur le guide de l’éco-responsabilité www.ecoresponsabilite.ademe.fr, rubrique "Agir sur l'eau"

À consulter

Fiche PCET de la ville de Fort-de-France sur l'observatoire des Plans Climat (liens vers les fiches actions au bas de la page)

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Bâtiment Dementhon du Centre Spatial de Toulouse
Tous droits réservés - copyright CNES © 2008

Bâtiment Dementhon du Centre Spatial de Toulouse
Tous droits réservés - copyright CNES © 2008

À consulter

Le site du Centre d’information sur l’eau, qui diffuse diverses informations sur les ressources en eau, la distribution et la qualité de l’eau du robinet en France et l’assainissement

www.cieau.com

À consulter

Bilan RSE du CNES - 2010-2013, chapitre “Pratiques au sein des établissements du CNES”

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La Lettre Eco-acteurs Ensemble est éditée par l'ADEME, Service Animation Territoriale, Direction exécutive Action Territoriale
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Rédacteur en chef : Nicolas VALLÉE, Chargé de projet Eco-responsabilité / Cit'ergie
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